À la Paris Games Week, des femmes s’engagent contre le sexisme dans les jeux vidéo
- 23 oct. 2024
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 oct. 2024
Women In Games, Afrogameuses, Respect Zone… ces associations luttent difficilement pour favoriser la place des femmes dans le secteur et leur représentation vidéoludique.
Par Noé Megel

« Y’a que des mecs ! » n’a pas pu s’empêcher de lâcher Mathilde, 17 ans, au cours de sa balade entre amies à travers les allées de la Paris Games Week. Parmi les slogans de la Paris Games Week édition 2024 figure pourtant : « la diversité est notre force ! Peu importe qui tu es, tu es le bienvenu ! ». Une phrase d’accroche que l’organisation a voulu concrétiser avec l’installation de stands, l’organisation de conférences ou encore l’accueil de la finale de la CapGame Arena dont l’objectif est d’être une « compétition inclusive et accessible à toutes et à tous ».
« Elles sont entourées d’hommes »
Toujours accompagnée de ses deux amies, Mathilde émet tout de même des doutes face à la communication de l’événement. « Je joue depuis longtemps et y’a pas besoin de grands calculs pour voir qu’il y a un problème avec les femmes dans le milieu » lance-t-elle avant d’aller à la rencontre du stand de Women in Games, association créée en 2017 pour lutter contre le sexisme dans le secteur.
« Notre projet est parti du même constat au moment de la création : une bande de femmes se rend compte qu’elles sont entourées d’hommes et que ce n’est pas acceptable » explique Anne Bressan, secrétaire de l’association et directrice artistique pour des jeux vidéo à son compte.
Les chiffres de Women in Games confirment l’impression de Mathilde et ses amies. En France, par exemple, d’après l’une de leurs études publiée en mars 2024, les femmes ne sont que 24 % des employées dans les studios du secteur, 26 % des effectifs dans les formations en jeu vidéo alors qu’elles représentent la moitié des gamers. Du côté des représentations, un quart des personnages parmi les 100 jeux les plus populaires entre 2017 et 2021. « Et il faut voir comment ! Elles sont pour beaucoup sur-sexualiées » ajoute-elle.
Toxicité en ligne
Ce dernier constat a poussé Anne Bressan et ses collègues à proposer sur leur stand pendant la Paris Games Week exclusivement des jeux vidéo « soit réalisés en majorité par des femmes, soit avec des protagonistes féminins ou non genrés en premier plan ».
Jennifer Lufau, présidente d’Afrogameuse, une association encourageant à plus de représentativité dans les jeux vidéo, acquiesce: « C’est en effet très important de visibiliser les personnages féminins mais c’est le terrain où les avancées ont été les plus importantes et il reste encore énormément de travail ailleurs » .
Invitée à la Paris Games Week ce jeudi pour parler diversité, Jennifer Lufau souhaite « que le combat ne s’arrête pas là ». L’un de ses sujets de prédilections, avec son association, est la « toxicité en ligne ». « On passe notre temps à contacter les plateformes comme Twitch ou YouTube pour qu’elles luttent mieux contre le sexisme en ligne, explique-t-elle, mais c’est tellement banal dans le milieu ».
40 % victimes de sexisme
Jennifer Lufau repense alors au « coup de gueule » de la vidéaste star Maghla, en octobre 2022. « Un exemple de mobilisation importante, pour la présidente d’Afrogameuses, même si c’est carrément triste ».
Sur X, celle dont le métier est notamment de se filmer en train de jouer, avait confié être « épuisée » du sexisme dans le milieu. Photomontages d’elle « sur des corps d’actrices porno », images à caractère sexuel reçues sans son consentement et remarques du type « t’as percé par ton corps/parce que t’es une meuf/t’es belle »… c’est « ce que je vis h24 » avait-elle écrit.
Lors de la Paris Games Week, Jeanne Devine, 24 ans, étudiante en développement artistique des jeux vidéo, a choisi de s’investir sur ce sujet. Sur son stand, avec l’association Respect Zone, elle donne des conseils pour lutter contre les cyberviolences en ligne. Pour justifier son engagement, elle cite le chiffre choc de l’institut Ifop publié en juin 2023 : 40 % des joueuses disent avoir déjà été victimes de comportements, d’insultes ou de menaces sexistes ou sexuelles lors de leurs parties.
« C’est pas étonnant d’entendre, pendant une game en ligne, "c'est une femme, j’ai pas envie de jouer avec elle" et ça c’est le plus soft qu’on subi » affirme Jeanne Devine. Alors elle explique ses techniques pendant ses parties : « Souvent, pour éviter toutes remarques, je mets un pseudo neutre et tant que je mets pas mon micro pour échanger, personne ne sait si je suis une femme ou un homme, c’est plus simple ».




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