A la Paris Games Week, le secteur du jeu vidéo veut sortir de la morosité
- 23 oct. 2024
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Alors que la Paris Games Week, rendez-vous annuel du jeu vidéo en France, ouvre ses portes ce mercredi à Paris, l’enthousiasme du public tranche avec les difficultés économiques que connaît l’industrie vidéoludique, confrontée à des coupes d’effectifs et à une compétition interne sévère.
Par Lyssia Gingins

Il est à peine 10 heures, mais les fans de Just Dance commencent déjà une chorégraphie matinale devant le stand d’Ubisoft, géant français du jeu vidéo. Le public commence déjà à affluer, en cette matinée d’ouverture de la Paris Games Week, qui reprend ses quartiers du côté de la Porte de Versailles jusqu’à dimanche. Mais l’enthousiasme de l’assistance cache l’ambiance morose qui touche actuellement l’entreprise, confrontée à un conflit social et des difficultés économiques.
L’entreprise a dû reporter de plusieurs mois son jeu phare : Assassin's Creed Shadows, et est désormais la cible de rumeurs de rachat par le groupe chinois Tencent. Les ventes décevantes de ses derniers jeux ont fait plonger ses résultats et son cours en bourse : la valeur de son action a baissé de 40% depuis le début de l’année. La situation du géant français, qui emploie plus de 4 000 personnes, est loin de faire exception dans le secteur des jeux vidéos, traversé par de nombreux remous.
Un problème qui s’étend à l’étranger
En France et à l’international, les coupes d’effectifs se multiplient alors que le secteur connaît la fin d’une période faste, qui résultait de l’explosion de la demande pendant la crise sanitaire liée au Covid-19. Dernière annonce en date, celle du studio Don’t Nod, l’un des plus grands éditeurs et développeurs des jeux vidéos français. Le studio, à l’origine du succès mondial Life Is Strange en 2015, a annoncé le 16 octobre se séparer de 69 employés, soit plus de 20% de ses effectifs. Une décision motivée par les mauvaises performances économiques de ses derniers jeux, et la concurrence accrue dans le secteur.
Ces difficultés dépassent les frontières de l’Hexagone. Au total dans le monde, ce sont plus de 13.000 employés de l’industrie qui ont été licenciés depuis début 2024, selon le site Game Industry Layoffs. Si le chiffre est record, la situation s’est progressivement installée à la sortie de la pandémie du Covid-19. En 2022 et 2023, le nombre de licenciements dans le monde étaient respectivement de 8 500 et 10 500. Et ce malgré un secteur en pleine croissance - en 2023, le marché français franchit la barre des six milliards d'euros de chiffre d'affaires, selon le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), organisateur de la Paris Games Week.
Le paradoxe de la pandémie de Covid-19
Pour les acteurs et observateurs de l’industrie, ce « coup de frein » brutal est le contrecoup logique de l’emballement de la demande observé pendant la crise du Covid. Face à l’appétit du public, qui a plus joué aux jeux vidéos que jamais pendant cette période, les studios se sont multipliés et les sorties de jeux se sont enchaînées, dont des opus ambitieux à très gros budgets. Mais, à mesure que le pouvoir d’achat a baissé, le secteur est tombé dans une impasse, celle d’une compétition intenable entre de trop nombreuses entreprises, qui peinent à attirer autant d’investissements que par le passé.
Une compétition ardue qui menace particulièrement les studios indépendants, et qui conduit les plus grosses sociétés à se replier sur leurs titres phares au détriment de l’innovation. Sans entamer l’optimisme des observateurs du secteur, connu pour ses phases cycliques : la sortie de nouvelles technologies, comme la console Nintendo Switch 2 d’ici quelques mois, a tendance à entraîner des nouvelles phases rapides de croissance. “Indés” et géants du secteur seront en tout cas présents cette semaine parmi les plus de 159 exposants de la Paris Games Week, pour rencontrer les centaines de milliers de visiteurs prêts à tester les nouveaux titres.




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